La soie est souvent qualifiée de « Reine des Fibres » mais saviez-vous qu’elle est avant tout un miracle de la nature ? Contrairement au coton qui pousse dans les champs ou au polyester qui sort d’une usine pétrochimique, la soie est le fruit d’un processus biologique fascinant inchangé depuis près de 5000 ans. Selon la légende chinoise, c’est l’impératrice Leizu qui, voyant un cocon tomber dans sa tasse de thé chaud, découvrit qu’il pouvait se dérouler en un fil infini. Aujourd’hui, chez Kimono-Soie-Femme.com, nous perpétuons cet héritage. Plongez avec nous dans les coulisses de la fabrication de la soie pour comprendre pourquoi votre kimono est bien plus qu’un simple vêtement.
Étape 1 : la sériciculture (l’art d’élever le bombyx mori)
Tout commence bien avant l’atelier de tissage, dans le calme des magnaneries (les bâtiments d’élevage). La production de la soie (sériciculture) repose sur un petit papillon de nuit domestiqué au fil des millénaires : le Bombyx Mori. Contrairement aux idées reçues, la qualité de la soie ne dépend pas de la machine mais de la santé et du régime alimentaire strict de cette chenille.
Un régime exclusif : la feuille de mûrier blanc
C’est le secret de la « Soie de Mûrier » (Mulberry Silk), la plus prisée au monde. Dès son éclosion, le ver à soie est nourri exclusivement de feuilles de mûrier blanc (Morus Alba) fraîches et hachées, servies jour et nuit. Ce régime n’est pas anodin : les feuilles de mûrier sont riches en nutriments spécifiques que le ver transforme en protéines de soie pure. C’est cette alimentation unique qui garantit un fil blanc, nacré, lisse et d’une résistance uniforme. Si le ver mangeait autre chose (comme pour les soies sauvages « Tussah »), le fil serait plus brun, plus irrégulier et moins doux.

Une croissance fulgurante
La vie du Bombyx Mori est une course contre la montre. En l’espace d’environ un mois, la chenille va multiplier son poids par 10000. Elle passe son temps à manger et à dormir et elle effectue quatre mues successives pour grandir. Cet appétit vorace est nécessaire pour accumuler l’énergie vitale à la production de la matière précieuse.
L’architecture du cocon
Une fois arrivé à maturité, le ver cesse de manger et cherche un support pour tisser son cocon. C’est ici que la magie biologique opère. Le ver possède deux glandes séricigènes qui produisent deux substances distinctes :
- La fibroïne : C’est le coeur du fil, la protéine structurale qui constitue la fibre de soie telle que nous la connaissons.
- La séricine : C’est une gomme naturelle (ou grès) qui enrobe la fibroïne. Elle sert de colle pour maintenir le cocon en forme et le rendre imperméable.
Pendant 3 à 8 jours, le ver expulse cette matière liquide par sa filière (orifice buccal). Au contact de l’air, elle se solidifie instantanément. Le ver effectue inlassablement des mouvements de tête en forme de « 8 » pour s’emprisonner progressivement dans une coque blanche, ovale et duveteuse : le cocon.
Le saviez-vous ? Un cocon n’est pas un amas de petits fils collés mais bien un unique filament continu. Si l’on déroule un seul cocon de Bombyx Mori, le fil peut mesurer entre 800 et 1500 mètres de long ! C’est cette continuité exceptionnelle qui confère à la soie sa résistance à la traction supérieure à celle de l’acier à diamètre égal.
Étape 2 : le filage (la magie du filament continu)
Une fois le cocon achevé, une course contre la montre s’engage. C’est à cette étape précise que se joue la différence entre une soie de première qualité (lisse et brillante) et une soie de moindre facture (dite « soie filée » ou bourrette). L’objectif est de récupérer le filament intact sans jamais le rompre.
L’étouffage pour préserver la continuité

Dans la nature, le papillon perce le cocon pour s’envoler en sécrétant une enzyme qui dissout la soie et coupe le fil en milliers de petits fragments. Pour obtenir une soie de luxe, il faut impérativement empêcher cette éclosion afin de conserver le fil continu de 1,5 km. Les cocons sont donc soumis à une étape d’étouffage (souvent par vapeur ou air chaud). C’est ce processus qui garantit l’intégrité structurelle de la fibre : un fil ininterrompu qui donnera au tissu final sa fluidité et sa résistance exceptionnelles.
L’ébouillantage pour ramollir le grès
Le cocon est une forteresse naturelle durcie par la séricine (le grès) qui agit comme une colle puissante. Pour libérer le fil, les cocons sont plongés dans des bassines d’eau bouillante. Cette étape, appelée « l’ébouillantage » ou le « batage » a une double fonction :
- Ramollir la séricine sans la dissoudre totalement (car elle servira de liant plus tard).
- Permettre aux fileuses (ou aux machines équipées de brosses rotatives) de trouver le « maître-brin », c’est-à-dire l’extrémité exacte du fil de soie à la surface du cocon.
Le dévidage : la naissance de la soie grège

C’est ici que le fil devient visible. Un filament unique de cocon est microscopique (environ 10 à 15 microns), bien trop fin pour être manipulé ou tissé seul. Le processus de dévidage consiste à réunir les filaments de plusieurs cocons simultanément (entre 4 et 12 cocons selon l’épaisseur désirée). En passant dans la filière, ces brins se soudent naturellement les uns aux autres grâce à la séricine ramollie qui durcit à nouveau au contact de l’air.
On obtient alors un fil unique, solide et légèrement rugueux appelé la Soie Grège (Raw Silk). C’est la matière première pure, enroulée en écheveaux et prête à être expédiée vers les ateliers de moulinage.
Note d’expert : C’est lors du dévidage que l’on trie les cocons. Les cocons percés, tachés ou irréguliers sont écartés. Ils ne seront pas perdus mais cardés et filés comme du coton pour créer la « soie schappe » ou la « bourrette de soie », des matières mates et texturées bien différentes de la soie lisse de nos kimonos.
Étape 3 : le moulinage et le tissage
Le fil de soie grège obtenu à la sortie de la filature est encore rigide et mat car il est toujours enrobé d’une partie de sa gomme naturelle (la séricine). Pour devenir le tissu fluide et chatoyant d’un kimono, il doit subir une transformation mécanique et chimique précise.
Le moulinage

Avant d’être tissé, le fil de soie doit être préparé. Cette étape s’appelle le moulinage. Elle consiste à tordre plusieurs fils de soie grège ensemble. Le nombre de tours par mètre (la torsion) détermine l’aspect final du tissu :
- Faible torsion : On obtient un fil qui reste brillant et doux utilisé pour le Satin ou le Taffetas.
- Forte torsion : Le fil devient plus nerveux et granuleux. C’est le secret du Crêpe de Chine ou de la Georgette qui ont cet aspect mat et ce tombé « sablé » si particulier.
L’armure du tissage

Le tissage est l’entrecroisement de deux ensembles de fils : les fils de chaîne (longueur) et les fils de trame (largeur). La manière dont ils se croisent s’appelle l’armure. C’est elle qui définit le nom du tissu final :
- Le satin de soie (ou Charmeuse) : C’est le tissage star de nos collections de nuit. Dans l’armure satin, les fils de chaîne passent au-dessus de plusieurs fils de trame (souvent 4 ou plus) avant de replonger. Ces longs segments de fils « flottants » à la surface réfléchissent la lumière sans interruption. Résultat : Un tissu avec un endroit ultra-brillant et lisse et un envers mat. C’est la fluidité liquide par excellence.
- Le Twill (Sergé) : La structure reconnaissable à ses fines diagonales (comme sur un jean, mais en infiniment plus fin). Résultat : Une soie plus souple, plus mate ou satinée discrètement et qui se froisse moins. C’est le tissage de prédilection des célèbres carrés de luxe (foulards) pour sa tenue.
- L’Habotai (Toile) : Un tissage simple (un fil dessus, un fil dessous). Résultat : Une soie légère, douce mais moins brillante souvent utilisée pour les doublures de kimono ou les vêtements d’été légers.
Le décreusage
C’est l’étape finale, souvent réalisée après le tissage (pour les tissus teints en pièce). Le tissu est lavé dans un bain d’eau savonneuse chaude pour éliminer les derniers résidus de séricine (la gomme). C’est à cet instant précis que la soie perd sa rigidité et révèle sa main (son toucher) incroyablement douce et son lustre nacré caractéristique.
Comment juger la qualité de la soie ?
Sur Internet, toutes les soies peuvent sembler identiques en photo. Mais il existe un monde d’écart entre une soie d’entrée de gamme qui bouloche après trois lavages et une soie de luxe qui traverse les années. Dans l’industrie textile, la qualité de la soie brute est codifiée par une échelle rigoureuse inconnue du grand public.
L’échelle de notation : De C à 6A
La soie brute est classée selon des critères stricts de pureté, de régularité et de couleur.
- Les lettres (A, B, C) : Le grade A désigne la meilleure qualité (soie filée vierge) tandis que B et C désignent des soies de second choix souvent utilisées pour les rembourrages.
- Les chiffres (2, 3, 4, 5, 6) : Ils affinent le classement au sein du grade A. Plus le chiffre est élevé, plus la qualité est parfaite.
Le grade 6A, le « Diamant » de la soie
Le Grade 6A est le standard le plus élevé qui existe. Il représente moins de 5% de la production mondiale de soie. Pour obtenir ce grade, le fil doit provenir de cocons parfaits : d’un blanc nacré immaculé, sans taches et d’une forme ovale régulière.
Pourquoi choisir du 6A ? Parce que le fil est d’une longueur kilométrique ininterrompue. Contrairement aux grades inférieurs (comme le 3A ou 4A) faits de filaments plus courts qui finissent par « rebiquer » et créer des peluches, une fibre 6A reste lisse. C’est la garantie d’un tissu qui ne bouloche pas et conserve son éclat miroir.
Chez Kimono-Soie-Femme.com, nous privilégions exclusivement la soie de Grade 6A pour nos collections afin de vous offrir cette durabilité d’exception.
Ne pas confondre grade et Momme
Si le Grade juge la qualité du fil, le Momme (mm) juge la densité du tissu. Voici comment est calculé le Momme : 1 Momme = 4,3 grammes par m². C’est l’équivalent du « nombre de fils » pour le coton. Plus le momme est élevé, plus le tissu est épais, opaque et résistant.
Une bonne soie de lingerie ou de kimono commence à 19 mommes. En dessous (12-16 mommes), le tissu est fragile et transparent. Les pièces d’exception (comme nos pyjamas premium) montent à 22 mommes et offre un tombé lourd et majestueux digne de la haute couture.
Une soie parfaite est la combinaison d’un Grade élevé (6A pour la pureté) et d’un Momme suffisant (19 ou 22 pour la densité). C’est cette double exigence qui définit le vrai luxe.
Le tissage de Nishijin, un héritage japonais

Si la sériciculture est née en Chine, c’est au Japon que l’art du tissage de la soie a atteint des sommets de sophistication technique et esthétique inégalés. Le coeur battant de cet artisanat se trouve à Kyoto dans le célèbre quartier de Nishijin.
Depuis plus de 1000 ans, les maîtres tisserands de Nishijin produisent le Nishijin-ori, un textile de soie d’une complexité inouïe. Utilisant des fils de soie teints avant le tissage (souvent rehaussés de fils d’or et d’argent), ils créent des motifs en relief spectaculaires comme des brocarts ou des damassés. Ces tissus étaient historiquement réservés à la Cour Impériale et aux nobles samouraïs pour la confection des kimonos de cérémonie et des ceintures Obi les plus précieuses.
Au Japon, le tissage incarne le Monozukuri : l’art de fabriquer des objets avec dévouement, patience et un profond respect pour la matière naturelle.
FAQ – Les secrets de fabrication de la soie
Voici les réponses aux questions les plus fréquentes sur les mystères de la sériciculture.
Combien de cocons faut-il pour faire un seul kimono ?
C’est un chiffre qui illustre la préciosité de cette matière. On estime qu’il faut entre 2000 et 3000 cocons de Bombyx Mori pour produire la quantité de fil nécessaire à la confection d’un kimono en soie standard. Cela représente le travail de milliers de vers et explique pourquoi la soie est une ressource rare et onéreuse.
La soie est-elle vegan ?
La soie traditionnelle n’est pas vegan car le processus d’étouffage du cocon sacrifie la chrysalide pour préserver le fil continu. Mais il existe une alternative appelée « Soie de la Paix » (ou Ahimsa Silk). Dans ce procédé, on attend que le papillon perce le cocon et s’envole avant de récolter la soie. Comme le fil a été coupé par le papillon, il doit être filé comme de la laine (et non dévidé). Le tissu obtenu est moins brillant, plus texturé et plus mat que la soie de mûrier traditionnelle mais il respecte la vie animale.
Pourquoi la soie brille-t-elle naturellement ?
Ce n’est pas un traitement chimique, c’est de la physique ! La fibre de soie a une structure microscopique en forme de prisme triangulaire aux coins arrondis. Cette forme particulière agit comme un miroir à facettes : elle réfracte la lumière entrante sous différents angles. C’est ce qui donne à la soie ses reflets changeants et son éclat nacré profond impossible à imiter parfaitement avec des fibres synthétiques rondes (qui brillent de façon « plate » et blanche).
Quelle est la différence entre la soie de Mûrier et la soie sauvage ?
- La soie de Mûrier (élevage) : C’est la plus noble. Les vers mangent uniquement du mûrier dans un environnement contrôlé. Le fil est d’un blanc pur, très fin, régulier et très doux. C’est la soie de nos kimonos et pyjamas.
- La soie sauvage (ou Tussah) : Elle provient de vers vivant dans la nature (forêts) qui mangent diverses feuilles (chêne, ricin). Le fil est plus épais, irrégulier et naturellement coloré (beige, doré ou brun). Le tissu final est plus texturé, plus « rustique » et moins doux au toucher.
La soie est-elle teinte avant ou après le tissage ?
Les deux existent !
- Teint en pièce : On tisse le tissu en couleur naturelle (écru) puis on le plonge dans la teinture. C’est le cas des couleurs unies.
- Teint en fil (Yarn Dyed) : On teint les fils avant de les tisser. C’est la technique de luxe utilisée pour créer des motifs complexes (jacquard) tissés dans la masse comme sur les carrés de soie haut de gamme ou les obis traditionnels.
Un miracle de la nature sur votre peau
Savoir comment est fabriquée la soie change profondément la façon dont on la porte. C’est le résultat d’un cycle de vie naturel fascinant et du travail millénaire d’artisans patients.
Chaque fil de votre kimono ou de votre pyjama en soie raconte l’histoire d’une transformation biologique : de la feuille de mûrier à la protéine pure. Porter de la soie, c’est s’envelopper dans cette histoire précieuse. C’est faire le choix d’une matière vivante, respirante et noble qui respecte votre peau autant que la nature qui l’a créée.
Envie de sentir la différence ? Maintenant que vous connaissez ses secrets, découvrez la noblesse de la soie de Mûrier à travers nos collections :




































